Nos voitures vont elles devenir plus écolos ? Pas si sûr…
Depuis plusieurs mois, la proposition de règlement visant à modifier les normes européennes concernant les émissions de CO² des voitures divise le Parlement européen.
Etat des lieux
Le secteur des transports est l’un des principaux émetteurs de CO² (27 % des émissions de GES dans l’Union Européenne)
La réduction des émissions de CO² par les voitures est un élément clé de la lutte de l’Union Européenne contre le réchauffement climatique.
L’ objectif de la future règlementation
L’objectif est d’abaisser d’ici 2012 le taux d’émission de CO² par les véhicules de 160 grammes par kilomètre à 120 grammes. Pour cela, les constructeurs doivent réduire la consommation des voitures produites à 130 grammes, les dix grammes restants devant être éliminés par l’amélioration des pneumatiques et des systèmes de climatisation, ou l’utilisation de carburants moins polluants.
Si les constructeurs n’atteignent pas ces objectifs des sanctions financières sont envisagées.
Des débats houleux à Bruxelles
Les débats qui se déroulent à Bruxelles depuis la fin 2007 sont animés. De nombreuses tensions se sont manifestées au sein du Parlement, du Conseil et de la Commission.
Au fil des mois, différentes coalitions entre les Etats membres se sont formées et/ou brisées. Au départ, nous avions d’un côté les pays producteurs de petites voitures tels la France, l’Italie, l’Espagne et d’un autre côté les pays qui privilégient les grosses cylindrées tels l’Allemagne.
Le différend portait sur la répartition des efforts afin de réduire la moyenne des émissions des véhicules. Les allemands voulaient adopter une méthode privilégiant le poids de la voiture. Les français voulaient que soient pris en compte d’autres paramètres techniques.
Après maints pourparlers, la France et l’Allemagne se sont accordées. Les deux pays ont convenu que les objectifs seraient basés sur le poids du véhicule. Un tel choix est favorable à l’industrie automobile allemande. Celle-ci pourra continuer à construire des modèles de luxe très polluants qui émettront plus de CO², dès lors que, parallèlement, elle équilibre sa production avec des véhicules plus petits et moins polluants.
Une victoire de l’industrie automobile
Les 27 Etats membres réunis le 31 octobre 2008 ont repoussé à 2015 l’obligation pour les constructeurs d’appliquer la réglementation sur les voitures propres (cf Euractiv). Les constructeurs automobile ont semble-t-il obtenu gain de cause. Les conséquences de la crise économique actuelle ont pesé dans la décision. On peut désormais se demander si l’Union Européenne sera en mesure de tenir les objectifs de réduction des émissions de GES qu’elle s’est assignée pour 2020.
Le mécanisme du lobbying
Ce sujet sur la réduction des émissions de CO² est également une bonne illustration de ce qu’est le lobbying à Bruxelles.
Les constructeurs automobiles regroupés au sein de l’ACEA ont fait pression sur leurs gouvernements respectifs pour reporter l’échéance de 2012 à 2015 et limiter les sanctions financières en cas de non respect de la future réglementation.
Les partisans de la lutte contre le réchauffement climatique parmi lesquels Les Amis de la Terre, Greenpeace, Réseau Action Climat France ont tenté de contrecarrer les manœuvres des groupes industriels.
Greenpeace a notamment publié en 2008 un rapport très intéressant intitulé : “Les moteurs du dérèglement climatique : comment le lobby automobile opère pour saper la législation européenne sur l’efficacité énergétique des véhicules”
Dans cette étude, l’organisation dénonce les stratégies employées par le lobby automobile. Celui-ci, fortement dominé par l’industrie automobile allemande, agit de manière à faire revoir à la baisse les ambitions de l’Union Européenne.
Pour terminer, voici une vidéo filmée à l’occasion du dernier salon de l’automobile qui corrobore quelque peu l’idée que les constructeurs automobiles font preuve d’une certaine mauvaise volonté pour créer des voitures écolos !